• Pour s'assurer de renseignements fiables et empêcher d'éventuelles infiltrations suite aux coups portés par la Gestapo aux grands réseaux de renseignements et mouvements de Résistance, l'état-major allié imagina, en mars 1943, le plan SUSSEX (du nom d'un comté du sud de l'Angleterre). Des binômes composés d'un observateur et d'un opérateur radio, tous français, furent formés en Angleterre puis parachutés dans toutes les régions au nord de la Loire à partir d'avril 1944, pour être en place au moment du débarquement du 6 juin. Les renseignements qu'ils fournirent sur les mouvements ennemis vers le front permirent à l'aviation alliée de mener des attaques ciblées et rapides contre les Panzer divizionen en mouvement et les dépôts de matériels et de munitions.

    DES GENS PACIFIQUES

     Les volontaires avaient presque tous entre 17 et 26 ans. Seuls quatre d'entre eux avaient plus de 30 ans. Georges Soulier avait 21 ans et était brigadier au 2e régiment de spahis algériens quand il se porta volontaire pour être opérateur radio. Recruté par le Bureau central de renseignement et d'action (BCRA) français, il fut, comme ses camarades, formé aux techniques du renseignement par des instructeurs britanniques et américains en Angleterre. La sélection fut sévère et menée selon des méthodes de profilage psychologique alors inconnues dans l'armée française. M. Soulier, qui fit après-guerre une carrière à la Direction de la surveillance du territoire, se souvient avoir été surpris que l'on recherchât plutôt des gens pacifiques que des bagarreurs.

    Mais on ne lui cacha pas les dangers de sa mission. Le célèbre colonel Rémy fut d'une grande franchise : « Les dangers seraient d'autant plus grands que je serais parachuté en civil, et que si j'étais arrêté, je ne pourrais en aucun cas être considéré comme prisonnier de guerre. Je serais vraisemblablement iusillé après avoir été torturé pour me faire dire tout ce que je pourrais savoir sur mon service et ma mission. Rémy m'a demandé si, compte tenu de ces précisions, j'étais toujours décidé à maintenir ma candidature. Evidemment, ces perspectives pouvaient donner à réfléchir, mais je me suis dit que je ne serais pas forcément pris et que de toute manière, je ne m'étais pas engagé pour ne rien faire », se souvient M. Soulier.

    Le sous-lieutenant Soulier fut parachuté près de Blois. À partir d'un immeuble avec vue sur un des principaux ponts de la ville, il put immédiatement avertir Londres des mouvements de convois. Il fit bombarder des installations ferroviaires et reçut d'excellents comptes rendus de l'efficacité des frappes. En effet, les autorités civiles se déplaçaient pour constater les dégâts et il avait recruté le secrétaire-général de la préfecture comme informateur !

    MORTS POUR LA FRANCE

    Un des agents les plus efficaces fut le capitaine William Bechtel, qui avait le double de l'âge de ses camarades. À Rouen, il fut responsable de la destruction de très importantes concentrations de blindés allemands cherchant à traverser la Seine. Né en 1894, Bechtel avait fait la guerre de 1914-1918 pendant laquelle il avait été sérieusement blessé et décoré de la médaille militaire.

    Chimiste de métier, il voyageait pour affaires en Allemagne nazie à la fin des années 1930, une « couverture » pour des missions de renseignements pour le 2e bureau. Il fut l'un des premiers volontaires de la France Libre, s'engageant à Londres le 1er juillet 1940. Lieutenant puis capitaine en Syrie et en Libye, y compris à Bir Hakeim, il fut volontaire pour le plan SUSSEX, à l'âge de 50 ans ! À la fin de la guerre, il était chef de bataillon et partit en Indochine combattre les Japonais puis le Viet Minh dans les rangs du Commando Conus. Il fut ensuite agent du SDECE (actuelle DGSE), jusqu'à bien au-delà des limites d'âge civiles et militaires. Pensionnaire à l'institution nationale des Invalides, « le grand Bill » y décéda en 1988 à l'âge de 94 ans. Non-conformiste jusqu'au bout, il disait : «Je n 'ai jamais été militaire. J'étais soldat ! »

    Quatorze membres d'équipes SUSSEX furent tués, y compris le capitaine Jacques Voyer, Compagnon de la Libération qui, en dépit de son jeune âge (21 ans), était déjà un des agents secrets les plus aguerris de la France Libre. Blessé et capturé le 10 juin 1944 alors qu'il observait un convoi près de Chartres, il fut torturé pendant huit jours avant d'être fusillé. Parmi les tués, une femme, le sous-lieutenant Evelyne Clopet, 22 ans, fut capturée le 9 août, torturée puis fusillée le lendemain avec ses quatre camarades.

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique